L’école de la nuit
Photography from Marie-Paule Nègre
Dans les campagnes du Rajasthan, les petites filles et les femmes
vivent à cheval sur deux ères. D’un côté, elles sont prisonnières
d’une tradition millénaire : patriarcat, divisions en castes, mariages
célébrés quand elles ont trois ans. Elles sont soumises aux corvées.
L’eau courante, le gaz, l’électricité ne parviennent pas dans les
villages, alors les fillettes sont chargées de ramasser
inlassablement des bouses de vache séchées et des bouts de bois,
combustibles indispensables pour faire cuire la nourriture. En
conséquence, elles n’ont pas le temps d’aller à l’école, comme les
garçons, pendant la journée. Et si on leur proposait des cours le
soir ? Problème : elles n’y verraient rien. Le Rajasthan, Etat
désertique au nord-ouest de l’Inde, possède une ressource naturelle en
abondance : le soleil. C’est ainsi que le XXIème siècle a bouleversé
la vie des jeunes Indiennes. L’énergie solaire permet d’éclairer les
classes dès la tombée de la nuit. Elles apprennent à lire, écrire,
compter. Mais aussi à réparer les panneaux solaires. Les circuits
électriques et les transformateurs n’ont plus aucun secret pour
elles. Ce savoir leur donne un pouvoir qui laisse les hommes bouche
bée. Quand des pompes à eau ont été installées dans les villages,
elles ont appris à les réparer. Fortes de ces connaissances, elles
fourmillent d’idées. Il faut inventer des réchauds solaires !
suggèrent-elles. Pour ne plus aller inlassablement ramasser bouses de
vache et bouts de bois.
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