Troisième territoire
| |
[…]
Héritier indirect de l’Ecole de Düsseldorf, Frédéric Delangle photographie de face et sans détours, mais s’éloigne de la pratique de ses pères par son souci constant de ne pas isoler l’objet architectural. Sa photographie donne à voir un paysage urbain complexe. Elle n’hésite pas à confronter le bâti et le non-bâti, ce qui est en cours de réalisation et ce qui est achevé. Dès lors, tel monument, tel pont ou encore telle habitation n’est pas saisi de manière concertée pour ses qualités sculpturales, mais pour être mis en perspective dans un environnement. Et ce souci de ne pas fragmenter la ville en entités distinctes est redoublé dans cette série de diptyques. Ils sont le résultat de quinze ans de travail à parcourir le monde.[…]
De plus, les photographies de Frédéric Delangle ne sont pas des comparaisons simplistes entre pays du Sud et pays du Nord. Le rythme binaire inévitable des diptyques ne rejoue pas la bipolarisation du monde. Aucun discours social, politique ou économique n’affleure. Les photographies de Frédéric Delangle mettent en équivalence deux volets d’une même réalité et les manichéismes de type richesse–pauvreté, propreté–crasse, sont outrepassés. Il n’est pas ici question de témoigner du fossé endémique qui creuse le monde, mais d’articuler des images qui, contre toute attente, entrent en résonance.
En effet, avant de rapprocher ses photographies, Frédéric Delangle était loin de s’imaginer que ses paysages urbains se répondraient visuellement. Ce qui en définitive paraît assez proche ne l’était pas au moment de la prise de vue. Il a, par exemple, bien plus la sensation du dépaysement que de la proximité lorsqu’il est à Yaoundé. Mais, lorsqu’il confronte ses images, les formes, les lignes, les rythmes jouent la même partition ici et là-bas. Les deux volets du diptyque deviennent interdépendants, inextricablement liés à tel point qu’on oublie qu’ils ne sont, au départ, qu’un jeu de rapprochements. Cadence et alternance sont les maîtres de mot de ces photographies conjuguées qui sont comme le phrasé d’une même idée qui cherche à se saisir inlassablement.[…]
Elise Legris-Heinrich |
|
 |
|