Complicités d'évasion

• 11 tirages, 117 x 75,5 cm, contrecollés avec châssis
• 1 texte contrecollé avec châssis

Lorsqu’un atelier artistique commence, il est souvent difficile de prévoir son parcours, les accidents, heureux comme malheureux qu’il réserve. Ce qui, dans des conditions normales est une évidence, s’avère a fortiori en prison plus complexe. Tout y résonne comme une chambre d’écho : des voix aux sons, des regards aux gestes, jusqu’aux pensées et aux sentiments. L’espace et le temps y sont suspendus, précaires, comme une vie entre parenthèses, ou en boucle, une bulle opaque dans laquelle il faut inventer, jour après jour, les transparences. Des transparences venues ici par la photographie et l’imaginaire de chacun. Un atelier concentré autour du thème du portrait et de sa représentation, autour d’une identité protégée, préservée, contrariée.

Il a donc fallu construire, improviser avec les moyens du bord, des entités, des artefacts, avec des miroirs déformants. Tout ce qui déforme forme à son tour, et l’art produit du sens dans l’inattendu, l’imprévisible.  Jean Dubuffet définissait l’art brut comme des « ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique ». Nous n’en sommes pas loin, même si les instruments et les matériaux ont changés. Aujourd’hui la palette informatique et la restitution numérique sont impliquées : fragmentation, calque, masque de fusion, transformation manuelle, duplication, pixel, tampon, recadrage, texture, couche, autant de techniques, autant de possibles.

Le but de cet atelier était l’initiation à la photographie associée à une réflexion sur l’image. A partir de multiples prises de vues de leur visage, associées à des reproductions de portraits trouvés dans des magazines, les stagiaires ont utilisé le logiciel Photoshop pour nourrir leur imagination. Le travail s’est alors élargi, laissant place au libre cours, à la réinterprétation et à la création de ces figures fictives. Un univers, un lieu d’expressions qui échappe peut être un petit laps de temps à l’autre temps, celui de l’enfermement. Michel Gasarian

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