Etre singuliers

32 tirages contrecollés sur aluminium avec attaches

• portraits : 7 tirages 60 X 60 cm composés de 4 photos
• portraits : 5 tirages 60 X 60 cm
• reportage : 20 tirages 40 X 50 cm
• légendes et citations adhésives
• Films courts

C’est en dépossédant un individu de son univers quotidien qu’on le fait entrer dans la monstruosité. En n’évoquant que la partie la plus sombre de sa personnalité, on le stigmatise. On réduit l’homme au malade, danger pour l’équilibre de notre société. Pourtant, nous sommes tous singuliers. Chacun à notre manière, à la fois commune et différente, nous renfermons doutes, peurs, émotions, vécu et tentons tour à tour de les exprimer ou de les enfouir au plus profond. Pour moi, la photographie peut, voire doit, rendre compte de cette complexité humaine. En prenant le temps, elle a la capacité de rétablir une réalité plus nuancée, faite d’ombre et de lumière. Et c’est parce que je crois en cette force de l’image que j’aime m’intéresser aux histoires de ceux auxquels plus personne ne s’intéresse. Suivant cette idée, j’ai décidé d’axer mon travail autour de l’univers des patients mais aussi des soignants des trois structures psychiatriques de l’Eure proposées par le dispositif « Culture à l’hôpital ». Deux structures ouvertes et une unité fermée au sein du Centre Hospitalier Spécialisé d’Evreux ont accepté de participer à ce jeu de miroirs. Souhaitant rendre à tous une identité et un statut d’individu, j’ai photographié pour chacun d’eux un lieu, un objet et un moment importants et réalisé un portrait en studio. Une prise de vue multiple pour découvrir plusieurs visages : celui de la représentation, celui des moments de vie quotidienne, celui de l’intime… À ces portraits sont ensuite venues s’ajouter les images documentaires réalisées dans l’unité 2C de Navarre. Des images de reportage indispensables pour comprendre l’enfermement, le temps qui passe lentement, la tension palpable... La frontière entre ceux qu’on nomme communément « sains d’esprit » et les « malades » est si mince qu’il était possible de basculer de l’un ou l’autre à tout moment. C’est cette même frontière qui disparaît le temps de ce travail. Parce que chacun s’y dévoile de la même manière, il n’y a plus soignants d’un côté et malades de l’autre mais des êtres humains avec leur quotidien, leur gri-gri, leurs moments forts et leurs fragilités. Tout le monde y est photographié de la même façon, parfois même dans les mêmes poses. Une forme commune qui jette volontairement le trouble sur certains quant à leur appartenance à l’une ou l’autre des catégories. Je souhaite redonner à chacun un statut d’individu à part entière dans la société qui préfère les mettre bien à l’écart. Florence Brochoire

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