La métaphysique des âmes

19 tirages contrecollés sur aluminium

• 16 tirages couleur et n&b 80 x 120 cm
• 1 tirage n&b 80 x 190 cm
• 2 tirages n&b 80 x 211 cm

Syncrétisme. Sans doute est-ce le mot qui, le mieux, convient à la religiosité latino-américaine, mosaïque de croyances croisées, accumulées, galaxie de pratiques de peuples métissés à l’infini.
A l’origine était le chamanisme. Celui des peuples premiers - encore que le mot englobe de trop vastes généralités. Qu’il se nomme yakchak, curandero, piasan, chuchkajan, le chamane demeure, aujourd’hui encore, l’intermédiaire entre le monde des humains et celui des forces de l’esprit, puissances invisibles qui règnent des plus hauts sommets des Andes comme au plus profond de la forêt amazonienne.
Vint le monde des dieux préhispaniques, celui des religions impériales incas, aztèques : Quetzalcoatl, le Serpent à plumes, Huitzilopochtli, le Guerrier, divinités tutélaires de Tenochtitlan, l’ancienne capitale des indiens mexicas. Ou plus au sud, Wiracocha, dieu protecteur de Cuzco. La Pachamama, terre-mère universelle, du sud de l’actuelle Colombie jusqu’aux confins patagons.
Avec la Conquête, le catholicisme s’est invité dans ces mondes-là. Les missionnaires se sont voués à la conversion – souvent forcée - des âmes. Pour autant, les divinités anciennes n’ont pas disparu. Souvent, elles se sont parées des habits des Saints. Un culte déjà issu de syncrétismes européens, et qui avait permis d’intégrer les rites celtes et romains.
Au Mexique, avec la Fête des morts, mais aussi au Guatemala, au Pérou et ailleurs, les utopies tropicales des Jésuites ont fini par se parer des atours du syncrétisme, accompagné de son cortège de racines précolombiennes, tandis qu’avec l’esclavage, les religions africaines faisaient leur apparition dans les Amériques, se mêlant à leur tour au catholicisme.
Venu du Bénin, le culte vaudou s’est répandu à Cuba, au Brésil, à Saint-Domingue, tout en se fondant avec la religion dominante.
Yemanja la brésilienne, Pachamama l’andine ont emprunté atours et vertus à Marie la chrétienne.
Ces dernières décennies, les puissantes églises évangélistes financées par les Etats-Unis sont encore venues complexifier le paysage religieux du sous-continent américain.
Un sous-continent où le Christ, souvent, existe à peine. Mort, en croix, agonisant, gisant, enfin. Couvert de plaies, de sang, souffrant comme l’Indien réduit en esclavage qui l’a sculpté la plupart du temps, inscrivant sa souffrance dans le corps du Sauveur. La Vierge, elle, n’est représentée qu’en majesté. « Nuestra Señora de Guadalupe, reine du Mexique, impératrice des Amériques, priez pour nous »...
Car ici, tout fait culte, dans une métaphysique des âmes qui se conjugue d’abord au féminin, sous les traits de la mère.

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